Profilo di MorganChemins battus de MorganFotoBlogElenchiAltro ![]() | Guida |
Chemins battus de Morgan |
|||||
|
23 novembre A picJe le vois remonter, mon père,
par ce passage à pic
au creux de la falaise,
un de ces jours clairs
un peu comme ses yeux.
Pourquoi cette image-là,
aujourd'hui, pourquoi,
même s'il coule d'encre
que l'expression "à pic"
bue, juste avant, dans un livre
n'est pas étrangère à cette
contre-plongée soudaine
du coeur, pourquoi donc au juste ?
Peut-être
simplement pour dire
le sommet du mal
en lui
dont il ne revint jamais.
18 novembre Sonnetine I
C'est dimanche, et l'on marche
parmi les pins,
les hêtres qui se penchent
à notre passage :
D'herbes,
de terre,
de feuilles, de fougères,
d'insectes invisibles
est le poème
qui se délaye
dans l'ornière du jour,
qui se déclame
en nous
sans hâte.
II
à Delphin.
C'est dimanche, et soudain
un air frêle de piano
échappé d'une ruelle
de Honfleur. Voici
Satie* qui se faufile
dans le petit feu de voix
avivé suavement
et dépose avec un sourire
en forme de poire**
une note blanche de Gnossienne***
entre deux bouchées de forêt-noire,
tandis que la joie
se dit vin
sans déité quelconque.
III
C'est dimanche, et l'on se
promène
le long d'un fleuve
qui n'est pas la Seine,
qui n'est pas la Seine qui est une
rivière
qui passe tranquille, psalmodie
prés d'un moulin
qui n'est pas à Hyères,
ni à prières,
mais à Bayeux
qui se moque bien, mes aïeux !
de ce jour qui bâille
et se tire, en dentelles de soleil,
IV
sur la pointe des heures.
* Compositeur né à Honfleur (1866) et mort à Paris (1925)
** Une allusion à ses Trois morceaux en forme de poire (1903)
*** Trois Gnossiennes (1890)
15 novembre Fausse noteUn peu plus de bise
sur les jours,
un autre péage calendaire
franchi, payé de ma personne
en monnaie de souffle,
faim et moyeu aspirant sans bornes
à communier, de gré ou de...
force est de constater
que l'automne !
et qu'à l'appel
reviennent
les sanglots longs de Verlaine
comme une piqûre
de regret
que je n'ai pas plus
qu'en une autre saison, mais s'impose
à mon paysage
mental, à mon haut lieu commun -
tout en rousseur, rayon sylvestre,
layon garni de feuilles mortes -
et ô combien digne
d'une boîte luxueuse
de pralines et chocolats de Noël !
07 novembre Dialectique du rêveurAllongé sur le canapé,
les doigts de pied
en gouvernail,
je songe
à la canopée,
à une espèce
d'espace en voie d'imagination qui,
déjà,
me tient en liesse
et me guide,
les yeux fermés,
au coeur d'une forêt qui grandit
et danse dense
au fur et à mesure que j'avance...
Rameutez-vous, mots épars :
amis,
ennemis,
antonymes,
synonymes !
unissez vos sangs, vos sèves,
faites fi des lianes
sémantiques qui vous séparent
et de l'arbitraire du signe !
dépassez-vous donc
impossiblement !
L'amour
avec une grande hache
d'infinie douceur
est votre clef
et toute l'énergie déployée ici, sur la page,
pour m'en convaincre,
un bulldozer
qui rugit comme un chant en cage !
|
||||
|
|